Festival de jardins de Chaumont : la mélancolie douce de "La possibilité d'une île" - Extérieurs design

Festival de jardins de Chaumont : la mélancolie douce de « La possibilité d’une île »

7 juin 2018

Jusqu’au 4 novembre, le festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire accueille 30 jardins éphémères. Avec « La possibilité d’une île » , l’Allemand Ulli Heckmann propose un jardin entre tableau vivant et espace méditatif.

 

Un jardin qui déjoue les attentes à Chaumont

« La possibilité d’une île » de Ulli Heckmann. © N. Degardin

 

On imagine généralement un jardin comme étant essentiellement composé de végétaux. Si cette constatation tombe sous le sens, elle n’a vraisemblablement pas arrêté l’Allemand Ulli Heckmann pour créer le jardin « La possibilité d’une île » exposé au festival international des jardins de Chaumont. C’est l’eau qui occupe ici l’essentiel de l’espace, la flore ne se manifestant qu’à travers un seul élément : un érable rouge du Japon. Une attitude de défi à l’égard des conventions semble avoir habité le paysagiste lors de la conception de ce projet de jardin non plus végétal mais aquatique. De même, il lui a fallu pour cela réussir à faire pousser un arbre au milieu d’une surface d’eau, chose à priori impossible. Pour accomplir cette tâche, il a fait preuve d’ingéniosité en isolant la partie immergée de l’arbre, l’empêchant ainsi de pourrir au contact de l’eau. Cette « possibilité d’une île » se présente donc comme une curiosité au sein d’un festival de jardins en reléguant les plantes au second plan et en faisant appel à un savoir-faire rarement utilisé dans le domaine du paysage.

 

Un jardin conceptuel

"La possibilité d'une île" de Ulli Heckmann. © Antoine Durand

« La possibilité d’une île » de Ulli Heckmann. © Antoine Durand

 

L’originalité de cette création exposée à Chaumont-sur-Loire se retrouve également dans son caractère contradictoire. Son titre fait ouvertement référence au roman de l’écrivain français Michel Houellebecq, ce qui le place sous le signe d’une certaine mélancolie caractéristique de cette œuvre. En effet, le jardin est particulièrement sombre avec son érable rouge et son plan d’eau couleur prune. L’isolement du seul élément végétal semble renvoyer au sentiment de solitude qui écrase la majorité des personnages du roman de l’auteur. De plus, on peut aisément voir dans cette création l’image des conséquences à venir du réchauffement climatique avec ces inondations de plus en plus fréquentes et violentes. Pourtant, il serait simpliste de réduire cette création à ce seul aspect. L’espace est aussi particulièrement apaisant et la plage de galet et l’érable rouge renvoient aux jardins japonais propices à la méditation. Des grenouilles y ont également élu domicile et l’égayent de leur croassement. « La possibilité d’une île » paraît donc être à la confluence de deux humeurs, phénomène que l’on retrouve à travers son titre même. S’il renvoie au roman d’un écrivain réputé pour son pessimisme, c’est aussi un jeu de langage, ce jardin explorant littéralement cette « possibilité d’une île » avec un arbre planté au milieu de l’eau. Le caractère original de cette création peut s’expliquer par le métier d’architecte d’Ulli Heckmann, profession qui l’a peut-être poussé à envisager son projet d’une façon plus conceptuelle.

 

David Kabla

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