Categories Paysagiste, Rencontres

Sylvère Fournier : Tableaux végétaux

Consacré Maître Jardinier 2015 par le jury du concours du Carré des Jardiniers organisé en décembre dernier au salon Paysalia, Sylvère Fournier conçoit des jardins contemporains où la surprise d’une végétation travaillée de la façon la plus naturelle possible transforme une structure rigoureuse en un tableau végétal d’une gaieté folle.  •Nicole Maïon

Sylvère Fournier

Les 150 mètres carrés qui lui étaient dévolus se sont métamorphosés en un vaste champ d’exploration, de surprises et de gaieté végétale… Sylvère Fournier, et son jardin éphémère conçu dans le cadre du salon Paysalia en décembre dernier, a remporté le concours du Carré des Jardiniers et a été consacré Maître Jardinier 2015 par un jury dont était membre Extérieurs Design. Certes, ce Jardin Enjoué répondait avec créativité au thème imposé aux candidats, la « Récréation », mais il était également un condensé du regard de ce paysagiste trentenaire sur son métier et sa conception d’un jardin actuel, en démontrant qu’un jardin contemporain ne signifie pas forcément minimalisme et froideur, bien au contraire !

La structure métallique rouge offrait une composition rigoureuse et moderne pour accueillir des univers poétiques et ludiques où la végétation rustique, méditerranéenne et luxuriante était tout à la fois structurée et sauvage. Trois espaces se dévoilaient : un cube métallique rouge et sa toiture végétale dissimulaient une cabane aménagée à l’intérieur de bois de récupération et traversée par un chêne vert d’envergure, pour offrir un espace intime de repos ; deux pergolas étaient consacrées au jeu et à l’éveil des sens. Un revêtement de billes au sol, un xylophone constitué de tubes métalliques… Autant de lieux pour s’amuser mais également dresser l’oreille et humer les senteurs végétales.

jardin ensoleillé couleur

Les allées en bois reliant chaque espace suggéraient, quant à elles, autant de pauses ludiques tels ce jeu de marelle, ces pas japonais en schiste, ces jeux d’eau et cet hôtel à insectes, tandis que le regard était capturé par la forme, le graphisme et la couleur des végétaux. Teucrium, lavande, santoline, pittosporums nains mais aussi buis en boule plantés en masse… À la clé, un nuancier de gris et de vert pimenté par des cornouillers à bois rouge, des pensées et des roses de Noël, tandis que les graminées conféraient une note de légèreté naturelle. Ce contraste entre les lignes rigoureuses de la structure du jardin et une palette végétale comme laissée en apparence en liberté constitue à sa façon la signature de Sylvère Fournier. « Parfois, des jardins contemporains sont tellement épurés qu’ils en deviennent très froids », explique le nouveau Maître Jardinier du Carré des Jardiniers. Nous aurions pu ainsi créer des effets de masse dans notre Jardin Enjoué, mais nous avons préféré laisser libre cours à la nature et à une végétation un peu folle au sein de la structure aux lignes strictes, afin d’obtenir un côté plus doux. » Un précepte qu’il applique au fil de ses réalisations pour des particuliers.

Sylvère Fournier a pour coutume ainsi de parsemer ses jardins de plantes qui essaiment là où l’on ne s’y attendait pas et de les laisser évoluer naturellement. Dans tout les cas, la composition d’un jardin sur le papier n’est jamais exacte à ses yeux. « Hormis les sujets dominants, les végétaux ne sont pas délimités à l’avance de façon précise.Nous travaillons sur le terrain avec tous les éléments autour, quitte parfois à déplacer à plusieurs reprises les végétaux pour parvenir à l’effet recherché. C’est comme une peinture, j’apporte souvent plus de végétaux que nécessaire, à l’instar de tubes de peinture et telle une palette de peintre, on ajoute, on retire. » Ce principe de composition, qui est celui d’un artiste peintre devant son tableau, concourt à créer constamment des effets de surprise qui sont essentiels aux yeux de Sylvère Fournier, qui plus est au sein des grands jardins. « De sa terrasse, on regarde le jardin, mais on ne s’y déplace que peu si tout est visible jusqu’au fond, d’où la nécessité de susciter la curiosité. Un ami architecte d’intérieur m’a fait la remarque. Nous ouvrons les intérieurs, nous créons de grandes pièces et, à l’inverse, nous créons des petites pièces intimistes au sein d’un grand jardin. C’est d’ailleurs quasiment une réflexion philosophique, pourquoi irais­je au fond du jardin si je le vois depuis la maison ? On a toujours envie de voir ce qu’il y a au fond de caché. » La création de pièces secrètes s’inscrit dans la volonté du jeune paysagiste de renforcer les rapports de ses clients avec leur jardin. Non seulement éveiller la curiosité mais également s’emparer de son jardin en s’y investissant…

carré jardin

« Ma génération a perdu le lien avec la nature. Mon rôle de paysagiste est de contribuer à retisser ces liens. à ce titre, je conçois des jardins faciles d’entretien afin que leurs propriétaires puissent s’en occuper par la suite. C’est une façon ainsi de pouvoir renouer avec la nature, y prendre du plaisir et s’approprier son espace. En plus, c’est moins coûteux pour mon client ! » Cet éveil à la nature passe également par un rendu le plus naturel possible, en privilégiant les végétaux endémiques de la région et en travaillant avec des pépiniéristes locaux. « Quand je vois dans les Alpilles une palmeraie dans la garrigue, cela me dérange. On peut intégrer un palmier mais de façon plus subtile ! », s’exclame le jeune homme. La subtilité et l’intelligence sont en effet au cœur de la démarche de Sylvère Fournier avec, in fine, un objectif constant : proposer un jardin qui fera oublier sa journée de travail au propriétaire qui s’évadera pleinement, surpris et émerveillé à chaque instant.

 

Tags:
FERMER
CLOSE