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SIFAS une affaire de famille

Depuis cinquante ans, l’entreprise familiale Sifas a accompagné, quand elle n’a pas anticipé, l’évolution des modes de vie au jardin. Des premiers déjeuners au soleil en passant par la transition in et out du mobilier outdoor jusqu’à l’écoconception, c’est l’histoire du mobilier de jardin que nous raconte Frédéric Armaroli, dirigeant de Sifas. Nicole Maïon

Ultra-green

Conçue en collaboration avec l’Unifa et labellisée par le VIA, la collection Ec-Inoks  est la première proposée par Sifas à être régie par des principes d’écoconception en 1991. Ses lignes épurées lui permettent de trouver sa place en outdoor comme en indoor. Sifas, collection Ec-Inoks.

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Collection La collection Ec-Inoks, designée par Eric Carrere, propose également un fauteuil cocktail au dossier courbé. Sa conception originale le rend utilisable à l’intérieur comme à l’extérieur, Sifas, collection Ec-Inoks.

Sifas célèbre en 2014 ses cinquante années d’existence dans le secteur du mobilier outdoor. Mais, dans les faits, l’aventure a débuté bien avant 1964?

Sifas, c’est d’abord et avant tout l’histoire d’une société familiale et, en effet, tout a débuté en 1953. Mes parents, Arlette et René Armaroli, amis avec Louis Hugonet, dirigent alors un magasin à Cannes, représentant la société Hugonet. Ils proposent ce qu’on appelait à l’époque des meubles  de jardin confortables. À cette époque de l’après-guerre, la Côte d’Azur que l’on nommait auparavant la Riviera devenait une destination d’été après avoir été le lieu de prédilection de l’aristocratie européenne, l’hiver, à commencer par les Anglais. Tout se libère! Mes parents ont alors constaté ce basculement qui s’accompagne de l’arrivée des premiers meubles extérieurs. Après la disparition de Louis Hugonet, en 1964, ils rachètent la boutique de Cannes et fondent la société Sifas, forts de leur observation d’un marché naissant et des impressions et des réflexions de leurs clients. Ils vont même créer une première salle à manger en fer forgé, un matériau qui bénéficiait à l’époque de nouveaux traitements afin d’être adapté à l’extérieur. Ils dessinent cette table et ses chaises et font appel, pour les faire réaliser, à des artisans en ferronnerie locaux.

Début des années 1960, on commence donc à profiter de son jardin et à vivre en extérieur?

Oui, on veut profiter du soleil et s’y sentir bien en se rassemblant pour déjeuner avec sa famille et ses amis, d’où les dimensions généreuses de cette salle à manger pouvant réunir jusqu’à huit personnes. Elle illustre les premiers points marquants de Sifas, à savoir le confort, la générosité des dimensions, la richesse des formes et l’utilisation des matériaux avec leurs nouveaux traitements.

Ces nouveaux styles de vie en extérieur s’accompagnent-ils d’espaces outdoor conséquents?

On constate un véritable démarrage de l’immobilier avec la création de belles villas mais aussi du développement de l’habitat collectif, l’un des plus connus étant la Marina Baie des Anges où Sifas ouvre sa deuxième boutique en 1971. Ces maisons comme ces ensembles ont tous des terrasses qu’il faut équiper. Au cours des années 1960-70 arrivent également les piscines. On ne bronze plus seulement à la plage mais aussi à la maison. C’est une formidable évolution qui instaure l’idée de détente, de sieste et de soleil… et la nécessité de s’ameubler en conséquence. Sifas propose d’ailleurs son premier bain de soleil en fer forgé, le Pacha, dans le courant des années 1960. Les années 1970 confortent ce nouveau mode de vie, avec un style plus décontracté et chic ; le mobilier se rentre même à l’intérieur de manière naturelle. C’est aussi l’arrivée d’un nouveau matériau, le rotin.

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Configuration libre :  Komfy, comme confortable et composable… Cette nouvelle collection proposée en 2014 se distingue par des lignes élégantes mais aussi par sa facilité d’usage, la multiplicité des pièces proposées permettant à tout un chacun de composer son propre espace de vie, quelle que soit la configuration de la terrasse. Sifas, collection Komfy, création Eric Carrere, méridienne.

Est-ce à cette période que l’idée de meubles transitant de l’extérieur à l’intérieur naît?

Oui. Se posait en effet la question : comment laisser nos magasins ouverts toute l’année?
À l’époque, tout était à faire, tout était possible, on n’appelait pas cela du marketing, mais mes parents écoutaient leurs clients français et aussi étrangers, qui étaient nombreux sur la Côte d’Azur, afin de définir ce qu’ils pouvaient leur proposer. D’où l’idée de présenter des meubles pour bien vivre à l’intérieur, comparables à ce que nos clients appréciaient à l’extérieur.

À quel moment la couleur fait son apparition dans le mobilier outdoor?

Dès les années 1960, du jaune, du rouge, de l’orange, du bleu entre autres apparaissent. On se permettait du plaisir, de la folie. La couleur représente la gaieté et le soleil, et jaillit au gré de coussins raffinés pour l’époque qui ornent du mobilier blanc.

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Un nouveau classique : Le fauteuil Oskar est une réinterprétation particulièrement réussie d’une typologie classique, à savoir le fauteuil de metteur en scène. Un beau mélange de matériaux et une ligne chicissime. Sifas, collection Oskar, création Eric Carrere, fauteuil Oskar avec coussins en cuir.

Revenons aux années 1970…
Quels sont les faits marquants de cette période
?

De nouveaux industriels interviennent sur le marché de l’outdoor avec des matériaux novateurs. La résine injectée fait son apparition, avec notamment Triconfort.  Sifas est alors tout à la fois distributeur, avec plusieurs magasins qui proposent ces nouveaux modèles, mais aussi éditeur. En 1977, mon père s’arrête et laisse la société à son épouse et ses deux fils, mon frère Jérôme et moi-même. Outre l’ouverture d’autres magasins et la création de partenariats avec des maisons comme les Galeries Lafayette, nous constatons un véritable besoin en matière de mobilier outdoor de la part des hôtels pour meubler leurs piscines et leurs terrasses. Ces derniers exigeaient des dimensions et des spécificités adaptées, à commencer par des tables, des bains de soleil avec roulettes, des meubles empilables haut de gamme, des salons bas composables, modulables, mais aussi des pièces faciles d’entretien avec, par exemple, des patins sous les chaises, etc. Nous avons dès lors créé une filiale, Contract,  afin de proposer en tant que distributeurs des meubles adaptés. Nous avons également développé une offre appropriée en vue d’aménager les espaces de détente des bateaux de grande plaisance qui sont légion dans notre région.

Les besoins pour ces clients que sont les hôtels ont-ils une influence sur les offres proposées aux particuliers?

Cette évolution rapide des fonctionnalités a eu un effet sur notre offre. On a ainsi intégré des coussins déhoussables pour faciliter un entretien régulier. De même, mettre des patins sous les chaises n’était pas plus cher et d’autant plus pratique pour des terrasses haut de gamme, en marbre par exemple.

Quels nouveaux matériaux apparaissent alors à cette période?

Il y a eu l’aluminium comme tentative d’utilisation pour l’outdoor. Les meubles étaient créés à partir de tubes et de profils, mais le résultat n’était pas encore très sexy. Son utilisation au gré de profilés conçus spécifiquement pour les meubles s’est améliorée au cours des années 1980. À la clé, des pièces inaltérables, légères et faciles à mettre en œuvre que Sifas distribue de même que du mobilier en résine injectée. Notre clientèle étrangère s’accroissant, nous avons décidé d’aller plus loin en cherchant de nouvelles formes et de nouveaux styles aux États-Unis comme aux Philippines, où nous découvrons du rotin de qualité. On constate également l’arrivée du teck, ou plutôt le retour du bois, sur le marché outdoor. La concurrence s’intensifiant à la fin des années 1980, il était nécessaire de faire la différence en élargissant notre offre au sein de nos magasins au gré de pièces en aluminium, résine injectée, rotin, teck mais aussi par le retour du fer forgé, un peu plus tard, avec notre collection Croisette. On s’intéresse également à l’utilisation de la fibre de polyéthylène transformée par Dedon en véritables meubles outdoor. C’est un matériau conçu pour l’usage extérieur et qui s’adapte à n’importe quelle structure. En résumé, il y avait en effet de la place pour introduire des matériaux tant nouveaux que remis au goût du jour.

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Au sec : Parmi les différents éléments de la collection Sakura, le bain de soleil est une ode à la douceur de vivre avec ses lignes courbes et épurées. Sa structure en aluminium est recouverte d’un matelas dont le textile innovant sèche en un temps record. Sifas, collection Sakura, bain de soleil.

L’offre était de plus en plus concurrentielle, mais quelles étaient les spécificités des attentes des consommateurs dans les années 1980?

Après les décennies «plaisir et liberté», le mobilier outdoor devient, comme celui placé à l’intérieur des résidences, un marqueur social. Le consommateur ne veut pas la même chose que son voisin, d’où la nécessité d’être légitime  mais aussi de se différencier. Nous lançons nos propres collections en faisant appel à des designers extérieurs. On confie à Eric Carrere la création de la première collection, Croisette. C’est une démarche similaire à celle entreprise par nos parents lorsqu’ils lancèrent leur première salle à manger avec, même si nous ne sommes pas créateurs, la volonté de proposer une offre différente. En résumé, on devient éditeur courant des années 1990 sans vraiment le vouloir, et on finit par faire ce que l’on ne trouve pas de disponible sur le marché! Croisette sera d’ailleurs un vrai succès, fruit de notre histoire familiale et de l’observation des attentes des clients. Il nous a fallu cependant s’adapter et étendre un réseau de revendeurs afin de développer les ventes, et parvenir ainsi à un stade de production suffisamment significatif pour des industriels.  Sifas est reconnu comme éditeur en 1995 avec sa première participation au Salon du meuble en tant que marque de mobilier extérieur. Une reconnaissance également acquise à l’international de par notre développement à l’export. Ce dernier point nous était assez facile, la Côté d’Azur et ses clients étant le reflet d’une culture internationale. Notre histoire et notre ADN renforcent notre légitimité en proposant du mobilier durable, modulable, facile à vivre et, bien sûr, sans faire l’impasse sur l’essentiel, à savoir le confort. Il faut à cet égard différencier le confort perçu et le confort reçu, le consommateur ne devant pas être déçu à l’usage après avoir ressenti l’impression de confort.

Il y a un autre fait marquant que nous n’avons pas évoqué, à savoir les préoccupations environnementales…

C’est en effet une prise de conscience des consommateurs mais, à nos yeux, il est important d’appréhender l’écologie avec la réalité économique. En clair, le mobilier ne doit pas avoir un coût supplémentaire. Nous avons ainsi lancé notre collection Ec-Inoks en 2011 selon une logique d’écoconception réfléchie mais sans que le prix soit plus élevé.  C’est un programme développé avec l’Unifa en Provence, en concertation avec le designer Eric Carrere. On a ainsi déterminé l’épaisseur du matériau nécessaire, en l’occurrence l’inox, le revêtement est du Canatex à base de chanvre, les embouts sont en polyéthylène recyclé. Les assises sont empilables pour occuper moins de volume lors du transport, et nous avons préféré des tables démontables pour un emballage redimensionné. C’est notre première collection écoconçue et la nouvelle collection Kwarda 2 l’est également. Nous sommes installés désormais dans cet esprit d’écoconception.

piscine avec vue
Esprit tressage : C’est la résine tissée qui est à l’honneur dans cette collection qui comprend entre autres un salon bas composable, les modules s’associant pour créer le canapé de son choix. Sifas, collection Transatlantik, création Jean-Louis Guinochet, canapé avec module accoudoir. La crise survenant à partir de 2008, quelles en sont les conséquences sur les attentes des consommateurs?

La crise a eu sans conteste un impact sur le marché du mobilier outdoor, nous conduisant, pour ce qui nous concerne, à se recentrer en supprimant quatre collections. D’un point de vue plus général, nous sommes toujours dans l’idée de mobilier comme marqueur social. Mais le retour à l’essentiel est devenu capital à ce moment et encore aujourd’hui. Avec un prix de l’immobilier en très sensible augmentation, les surfaces se sont réduites et les fonctionnalités doivent être multiples et optimisées. Alors que l’offre auparavant était claire et segmentée avec une typologie traditionnelle (canapé 2 places, 3 places, chaise longue, bout de canapé), il est nécessaire aujourd’hui de proposer des salons par exemple entièrement modulables afin de s’adapter facilement à la surface disponible.

Il s’agit donc d’une tendance forte en matière de personnalisation?

À mon sens, la personnalisation est avant tout l’optimisation de l’espace qui s’est réduit. Notre nouvelle collection Komfy répond à cette exigence en s’adaptant à tous types de configurations de terrasse. Autre évolution des comportements, le consommateur retarde sa décision d’achat, mais dès que cette dernière est prise, il souhaite disposer au plus vite de son produit, d’où la nécessité d’être réactif en termes de disponibilité des stocks, sachant que l’achat est toujours très dépendant des conditions météorologiques. Enfin, les clients sont tout à fait avertis d’autant qu’il y a un véritable marché du rééquipement en matière de outdoor. À l’instar de la télé cathodique que l’on remplace par un écran plat, voire un écran Oled, on veut renouveler son mobilier outdoor et ne pas sacrifier son plaisir.

Quelles sont les autres tendances actuelles à même de se renforcer à l’avenir?

La différenciation sera toujours un élément incontournable en matière de mobilier outdoor. Autre évolution intéressante des modes de vie, il n’y a pas d’équipement différent selon que l’on meuble une résidence principale ou secondaire. On veut le même niveau de confort, de luxe et de raffinement. À cet égard, le raffinement est la caractéristique majeure du traitement de l’extérieur avec une sophistication croissante : on fait appel à des architectes de la lumière, à des paysagistes, le spa est très tendance, etc. On constate même des terrasses ouvertes chauffées! La surface est ainsi optimisée en la sophistiquant au maximum!

En guise de conclusion de ces cinquante années de mode de vie au jardin, quel est le regard de votre père sur la société Sifas telle qu’elle est devenue aujourd’hui?

« Je ne pensais pas que l’on pouvait faire tout ça avec une chaise de jardin en point de départ. » Telle est l’une de ses réflexions majeures. Et la chaise, au départ, était tout simplement l’idée de s’asseoir confortablement en prenant un verre au soleil. Un regard donc sur l’essentiel, à savoir une certaine qualité de vie.

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