Categories Entreprise, Paysagiste, Rencontres

Architecte VS Paysagiste : Assurer une cohérence In/Out

Pour les aménagements extérieurs, l’agence d’architecture d’intérieur Véronique Cotrel travaille régulièrement avec la société Didier Danet SA. François Mille, fondateur et directeur de l’agence, et le paysagiste Fabien Cuny reviennent sur le fonctionnement de cette collaboration.

architecte vs paysagiste

Comment s’est passée votre rencontre ?
François Mille : Nous étions, au sein de l’agence, depuis longtemps à la recherche d’une entreprise paysagiste sur qui compter et avions de grandes difficultés sur ce point. En effet, nous estimons que la conception, en amont d’un projet, la réflexion, l’étude, la mise en confrontation du cahier des charges avec les idées créatives et les contraintes du terrain sont des sujets essentiels tout aussi importants que la maîtrise de la mise en oeuvre. Et nous avions du mal à trouver une équipe performante sur ces sujets.
Fabien Cuny : Notre rencontre s’est faite autour d’un projet où nous avons démontré que nous pouvions être un partenaire fiable et de qualité par rapport aux besoins de l’agence Cotrel. Et pour nous, cette réflexion en amont sur un jardin est très importante. Cela permet une vraie symbiose entre architecte-décorateur et jardinier-paysagiste.

Sur quels projets travaillez-vous ensemble?
F. M. : Essentiellement sur la végétalisation d’espaces urbains, intérieurs et extérieurs (principalement extérieurs). Cela va du balcon au jardin, en passant par le rooftop, ou l’intérieur d’un appartement.
F. C. : Nous travaillons sur des jardins, terrasses, balcons. Principalement sur la végétalisation et la création d’espaces qui sont la continuité de l’intérieur. Nous arrivons de plus en plus à répondre à des demandes en intérieur, car nous commençons à maîtriser les plantes comme la technique.

Comment se déroulent vos collaborations ?
F. M. : Véronique Cotrel, directrice artistique de l’agence, connaît parfaitement ses clients et leurs contraintes. Elle sert de lien entre le client et l’entreprise paysagiste, en formalisant le cahier des charges et en amorçant les idées créatives. Puis le talent des équipes de Didier Danet SA fait son oeuvre, en conception tout comme en relationnel commercial.
F. C. : Véronique Cotrel nous fait un brief de l’espace à aménager, des contraintes du site, des souhaits des clients. Mais elle apporte également son point de vue et ses orientations, toujours en émettant des réserves pour voir la faisabilité avec nous. Puis nous répondons au projet, à l’aide d’esquisses, croquis, 3D, et des planches d’inspirations. Avant de proposer aux clients, nous le soumettons à l’agence Cotrel, pour voir la cohérence du projet. Après la présentation aux clients, nous rectifions le projet si besoin est, toujours en faisant des allers-retours avec Véronique Cotrel.

Les budgets de la partie outdoor sont-ils inclus dans la totalité du projet ou traités séparément par le client ?
F. M. : Il s’agit le plus souvent de deux budgets séparés.

En termes de réalisation, de matériaux, comment se gère la cohérence in/out ?
F. M. : Les échanges créatifs sont nombreux en phase de conception, entre l’architecte et le paysagiste. Chacun partage ses moodboards, les documents (plans, planches matériaux), les fournisseurs, les contacts. La réalisation ne peut se faire que s’il y a une bonne interaction, un vrai partage. Chacun évoque ses idées, ses sources, ses fournisseurs, puis la coordination technique du chantier permet à chacun d’apporter ses solutions.
F. C. : L’ensemble des matériaux, mobilier, déco… sont systématiquement proposés, validés de façon unanime. Cette collaboration s’enrichit d’échange d’idées entre l’architecte et le paysagiste

Quelle est la spécificité de la vision de l’architecte dans votre collaboration ?
F. M. : Peut être une spécificité sur « l’expérience utilisateur » ; c’est-à-dire la capacité à intégrer dans un décor paysager des éléments «utilisables» : sonorisation, cuisine, salon… avec tout ce que cela implique en termes de plans (plan électrique, ergonomie, etc.).
F. C. : Tout d’abord, Véronique est au coeur du projet, car c’est elle qui est en relation directe avec le client. Elle connaît le mieux ses envies, souhaits, désirs. L’agence par la suite veille à la cohérence du projet global. Elle nous accompagne dans le suivi du chantier en nous mettant en contact avec les différents corps d’états.

architecte vs paysagiste

Et inversement, quelle est la spécificité du paysagiste ?
F. M. : Clairement la compétence végétale ! La maîtrise des sujets, leur adaptation à l’environnement, leurs couleurs et les variations de celles-ci tout au long de l’année, les contraintes d’entretien, d’arrosage, etc.
F. C. : Comme on l’a déjà évoqué, notre valeur ajoutée réside dans le savoir végétal. Mais aussi un vrai savoir-faire dans la technicité globale que l’on rencontre dans un jardin (éclairage, arrosage, maçonnerie…).

Selon vous, comment caractériser la spécificité d’un aménagement outdoor ?
F. M. : Chaque lieu de vie indoor (peut-être excepté la chambre, et encore ?) peut trouver une correspondance en outdoor. Les caractéristiques seront alors liées aux changements climatiques. L’espace va être inutilisé une partie de l’année : se pose la question de « sa mise en hibernation ». De plus, il faut aussi étudier la résistance des matériaux nécessaires. La variation visuelle de l’espace au fil des saisons est aussi à prendre en compte et à maîtriser. Enfin, la prospective à long terme est essentielle, car l’environnement va évoluer au fil des années.
F. C. : Dans des villes comme Paris, les personnes recherchent « le vert ». La vraie valeur d’un espace outdoor, c’est son côté vivant, nous travaillons avec des plantes qui ne sont pas des objets statiques. Nous devons sans cesse prendre cela en considération. Nous pouvons faire pratiquement ce que l’on veut d’un espace outdoor.
Or, il est important de garder une cohérence par rapport au site, pour être en phase avec les souhaits du client.
Nous allons de plus en plus vers une vraie pièce d’extérieur avec des systèmes de voiles, de pergolas, de parasol, de chauffage, de sonorisation, d’éléments de décoration (sculptures, bassins). Le mobilier devient de plus en plus important aussi. Ce qui est intéressant, c’est que, ces dernières années, l’outdoor connaît une vraie évolution en termes d’esthétique et d’usage.
L’espace outdoor devient un vrai lieu de vie et à vivre tout au long de l’année.

NATHALIE DEGARDIN – PHOTOS : LAURENT ANDRÉ

FERMER
CLOSE