Flore et guerre à la Fête des Plantes de Doullens - Extérieurs design

Flore et guerre à la Fête des Plantes de Doullens

10 mai 2018

En consacrant la 31e édition de la Fête des plantes de Doullens à la « flore obsidionale », ses organisateurs se penchent sur un effet collatéral de la guerre souvent ignoré dont les conséquences sur l’environnement et la paysage d’une région peuvent pourtant s’avérer essentiels pour l’étudier et comprendre son évolution. 

 

 

 

Doullens 2012 ©Amand Berteigne

La ville de Doullens a décidé de dédier l’édition 2018 de sa Fête des plantes à la flore obsidionale, végétaux dont la particularité est d’être apparus dans un territoire en raison de la guerre. La « florula obsidionalis », pour utiliser le terme scientifique, est une expression apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au lendemain de la guerre de 1870 opposant la France à la Prusse, certains botanistes remarquèrent l’apparition de nouvelles plantes dans des zones ayant connu des combats ou des mouvements de troupes étrangères. Deux membres de la Société Botanique de France, MM. Gaudefroy et Mouillefarine, vont alors se pencher sur le phénomène en se concentrant sur les abords de Paris, cité qui avait connu un siège pendant le conflit. Ils y trouvèrent 190 espèces qui jusque-là n’avaient pas été observées dans cette zone et les listèrent dans un ouvrage intitulé Florula Obsidionalis, l’adjectif obsidional renvoyant à « ce qui concerne le siège militaire ». Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, Les Journées Doullennaises des Jardins d’Agrémentont donc souhaité proposer avec la collaboration de certains pépiniéristes, botanistes, associations et historiens, une exposition sur ces plantes de talus, chemins, bords de route, parfois ornementales et potagères, qui furent « importées » dans le Nord de la France durant le conflit 14/18. 

 

La flore obsidionale : les raisons du phénomène

En raison de la Première Guerre Mondiale, des individus issus de l’ensemble du globe se sont retrouvés dans le Nord du territoire français. Avec eux, ils ont apporté la flore de leur pays. En effet, les troupes amenèrent avec eux des semences, des graines de leur contrée d’origine. Ils les transportèrent, sans le savoir, dans le fourrage des chevaux, les trains mais aussi dans leurs bagages ou même leurs vêtements. Les soldats recevaient aussi des végétaux de chez eux, qu’il s’agisse de fleurs ou de produits comestibles, ce qui ne put qu’accentuer le phénomène. Ainsi, ces hommes agirent comme un moyen de propagation d’une flore qui, autrement, ne serait jamais parvenue jusqu’à nous. Les botanistes, pour comprendre de quelle origine était ces nouveaux végétaux, se sont donc mis à étudier les mouvements de troupes durant cette période.

 

Une grande variété de cas

Les Américains et les Canadiens par exemple amenèrent avec eux la Ratibida Pinnata, une fleur originaire du centre et de l’ouest des États-Unis et de l’Ontario au Canada. Ils apportèrent également la Sisyrinchium Montanum, plus communément appelée bermudienne. Cette plante d’Amérique du Nord est aujourd’hui très présente en forêt d’Argonne, la zone ayant été le théâtre de l’offensive Meuse-Argonne qui opposa Français et Américains aux Allemands. Bien entendu, ces derniers apportèrent également une part de leur flore dans les parties nord et nord-est du pays qu’ils occupèrent. Ainsi, on rencontre dans ces régions un type de géranium qui ne s’y était pas développé avant le conflit, le Géranium pratense.

Le hasard fit aussi que certains végétaux issus de pays aux climats très différents trouvèrent des conditions idéales pour s’épanouir. En effet, le Nord de la France fut longtemps une région minière. Pour cette raison, on y rencontre des terrils, collines artificielles construites par accumulation de résidus miniers. Ce sont des milieux artificiels chauds et ensoleillés dont la composition particulière a permis à des espèces végétales issues de pays lointains de se développer. C’est le cas par exemple du Senecio Naequidens, une plante originaire d’Afrique du Sud, apportée par des soldats du Commonwealth, qui put pousser dans ces terrils dont la terre argileuse convient bien aux espèces issues de contrées à la terre non calcaire.

Parmi cette flore obsidionale on trouve également des végétaux apportés par des soldats français d’autres parties du pays. C’est le cas des châtaigniers, arbres qu’on trouvait surtout en Ardèche et en Corse avant le conflit, ou encore le Trifolium Alpinum, ou Réglisse des montagnes, espèce particulière apportée par les appelés originaires de Savoie. Cette implantation d’une flore exogène réussit donc particulièrement bien dans ces régions du Nord de la France. Pourtant, le phénomène reste à nuancer. On ne peut observer que les végétaux ayant réussi à s’adapter à ce nouvel environnement. Or, on estime que seule une espèce sur 1000 subsiste au-delà de quelques dizaines d’années dans sa nouvelle zone d’implantation. Ainsi, le nombre d’espèces étrangères qu’on dénombre aujourd’hui ne représente en fait qu’une infime partie des milliers d’espèces apportées ici par les combattants.

 

Des effets dans la flore encore aujourd’hui

Ce phénomène de flore obsidionale, s’il remonte à un siècle, continue aujourd’hui encore à avoir des effets nouveaux dans ces régions. En effet, en raison des combats, des attaques d’artillerie, certaines de ces plantes ont vu leurs semences trop profondément ensevelies pour pouvoir germer. Ainsi, des années plus tard, avec l’activité humaine sur d’anciennes zones de combat ou d’occupation, on a pu voir l’émergence d’une flore dont l’implantation remontait à la Première Guerre Mondiale. Ce phénomène fut également observé en 1999 lorsque des tempêtes dévastèrent les forêts du Nord de la France, entraînant la remontée à la surface de graines enterrées depuis plus de 80 ans. Si l’apparition de cette flore est appréciée pour l’enrichissement végétal qu’elle a produit, les effets n’ont pourtant pas toujours été positifs. Ainsi, les Américains et Canadiens apportèrent avec eux l’Ambrosia artemisiifolia, ou ambroisie élevée, plante indésirable car invasive et provoquant des allergies importantes. Un travail considérable pour lutter contre leur prolifération et leurs effets allergènes est effectué en France où sa présence est très précisément cartographiée. La lutte contre l’ambroisie est d’ailleurs inscrite dans le 3ème Plan national santé-environnement, programme national apparu en 2003 dont le but est d’étudier les relations possibles entre les variables environnementales et la santé des individus.

 

Fête des Plantes de Doullens : un rendez-vous autour de la passion des plantes et de leur histoire

Depuis 1987, les Journées Doullennaises des Jardins d’Agrément sont un rendez-vous horticole grand public organisé par des amateurs éclairés et des collectionneurs de plantes accueillant principalement des pépiniéristes producteurs animés par la volonté de faire découvrir de nouvelles variétés et de diffuser des végétaux de qualité. Jean-Claude Marzec, président de l’association qui veille à l’organisation de l’événement, aime affirmer avec force combien l’histoire des plantes est liée à celle des hommes. En 2018, ce sont 70 pépiniéristes, producteurs et collectionneurs, venus de France et de Belgique, qui viendront à la rencontre d’un public en quête d’une plante pour leur jardin, leur terrasse ou leur intérieur : annuelles, vivaces, arbres, arbustes, rosiers, graminées, cactées, bulbes, aromatiques, buis. A noter, la fête des plantes de Doullens abrite depuis 1997, deux Murs végétaux créés par le botaniste Patrick Blanc.

 

Mur végétal créé par Patrick Blanc, Citadelle de Doullens © Armand Berteigne.

 

Informations pratiques :

L’exposition « Florula Obsidionalis » se tiendra dans la citadelle de Doullens lors de la Fête des plantes du samedi 26 au dimanche 27 mai 2018, de 9h30 à 19h.

Citadelle de Doullens, Côte d’Amiens 80600 Doullens

www.jdja.net

 

David Kabla

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